J’ai toujours adoré la photo.
Gamin, c’était les Kodak jetables. Quand on appuyait sur le déclencheur, il ne se passait rien. Pas de bip, pas d’écran, pas de confirmation. Juste un clic dans le vide et une pose en moins. Si simple qu’il y avait presque de la déception… Une déception souvent confirmée des semaines plus tard, quand le tirage revenait enfin. Un doigt devant l’objectif, flou, surexposé… Bref, raté.
Aujourd’hui, on mitraille tout sans prendre le temps de cadrer ou simplement regarder. On shoote, on publie (ou pas) on scrolle, on oublie. Le smartphone a transformé l’image en un flux invisible et jetable (comme le Kodak).
Avec un argentique, c’est différent. On hésite avant d’appuyer, on prend plus le temps parce qu’on sait que la photo risque d’être imparfaite et qu’on a beaucoup moins le droit à l’erreur.
En redonnant de la valeur à l’attente dans un monde qui l’a bannie, la photographie argentique est presque devenue un luxe que les boomers comme moi apprécient de plus en plus.